mercredi 14 novembre 2007

Première leçon de code de la route

Il pleuvait un petit peu, ce soir là. Il avait plu toute la journée, inondant les rues et les trottoirs, forçant les piétons à faire de grands détour pour trouver des chemins praticables au travers des flaques et de la boue.

Je suis arrivé devant la porte de la Auto-Escola Fontenele vers 18h30. Une salle minuscule, basse de plafond, entièrement occupée par un canapé à gauche, et un bureau encombré d'un ordinateur à droite. A coté du bureau, un étroit escalier en colimaçon permet d'accéder à l'étage supérieur, où se déroulent les cours.

Au bureau se tient une jeune femme, qui semble s'ennuyer ferme. Une odeur d'encens flotte dans l'air. Je referme la porte coulissante derrière moi, et, affichant mon meilleur sourire, je lui dis tout de go que j'aimerais m'inscrire.

- Tu sais comment ça marche ?

Je le sais. Je suis passé il y a quelques semaines, et Denise, la patronne, m'avait tout noté sur un bout de papier. Mais j'ai certainement perdu le papier, et par politesse, je lui répond que je ne sais pas trop.

Elle ouvre un tiroir, et en sort un stylo bic ainsi qu'un prospectus faisant la réclame de l'auto-école. Au verso, elle se met à écrire. Tout d'abord le prix : 350 reais. C'est la promotion, ajoute-t-elle. Puis elle énonce les conditions de payement, tout en les écrivant au fur-et-à-mesure sur le petit papier. Tu peux payer en deux fois 190 reais, ou en 3 fois 145 reais. Elle continue méthodiquement. Il faut ajouter le prix de l'examen médical, 106 reais, et le prix de l'examen de conduite, 120 reais, mais tu ne les payera que le moment venu.

Sa tête est penché au-dessus de son stylo, et elle continue d'écrire, l'air très appliquée. Elle n'est pas vraiment jolie, mais j'ai une vision grand-angle sur son décolleté. Toujours par politesse, j'écoute attentivement. Il faut prendre 30 heures de cours théoriques, pour le code, et 15 leçons de conduite de 2 heures. Les cours ont lieu à partir de 18h, du lundi au jeudi. Et si j'arrive en retard ? Ce n'est pas très grave. Et si je ne peux pas venir les mardis et les jeudis ? Ce n'est pas très grave non plus.

Elle baisse la voix et ajoute : tu comprend, il suffit que tu signe la liste de présence le jour d'après. Comme ça, on pourra dire que t'a bien fait tes heures. Mais ne le dis pas au DETRAN, hein. S'ils l'apprennent, ils nous retirent notre license, direct. Alors moi, je veux t'aider, mais tu dois m'aider aussi... Je la rassure. C'est promis, je ne dirai rien au DETRAN. Il ne reste plus qu'à payer. Je lui annonce que je vais choisir la formule en deux fois, mais il faut d'abord que j'aille retirer l'argent à la banque.

Je prend mon parapluie qui trainait par terre, et quitte la boutique minuscule. Dehors, il fait déjà nuit, et la pluie a augmenté. Je parcours rapidement les 30 mètres qui me séparent de l'agence du Banco do Brasil. Sur le chemin, je passe devant le centre commercial Botafogo. 6 ou 7 vendeurs ambulants sont alignés devant la sortie, essayant de refourguer des parapluies aux gens qui quittent le centre. L'un d'entre eux, une vieille femme édentée, me demande si j'ai besoin d'un parapluie. Je lui répond gentiment que j'en ait déjà un, et même que je m'en sers en ce moment même, comme elle peut le voir. Elle me fait un grand sourire, l'air de dire "on peut toujours essayer". Je crois bien qu'elle aurait aimé que je lui en achète un.

Finalement, j'atteins l'agence, et retire l'argent. Sur le chemin du retour je compte mentalement. 2 fois 190 reais font 380 reais, soit 30 de plus que si je payais comptant. 30 divisé par 350 ? 3 divisé par 35 ? Ca fait moins de 10% de "taux d'intérêt"... Ca va... Il y a pire.

Le temps d'effectuer toutes ces considérations, je suis déjà en bas de l'immeuble, à l'intérieur duquel se trouve l'auto-école. Une jeune fille ouvre la grille, à l'instant où je m'appretais à sonner. Elle tient contre sa poitrine un jeune chat tigré, qui à l'air plutôt calme, malgré les bruits de la rue. Ce qu'elle va foutre dehors avec son chat sous cette pluie me dépasse. Le chat aussi, visiblement. Il n'a peut-être pas encore compris qu'il était en train de pleuvoir.

De retour dans la boutique, je me sens obligé d'annoncer : me revoilà ! Pour faire bonne mesure, j'ajoute un mot contre la pluie. Il est toujours de bon ton de se plaindre. Elle n'en a visiblmement rien à foutre, et se contente de murmurer une réponse quelconque. Elle sort un bloc à factures, et entreprend d'écrire, en toutes lettres, le montant. Cent-quatre-ving-dix-reais, et pas un centime de plus. Pendant qu'elle effectue cette opération laborieuse, je remplis une petite fiche avec mes coordonnées.

Ces formalités effectuées, elle me remet mon livre de code, et m'explique que chaque chapitre correspond à une leçon. Magnifique, je vais étudier tout ça à la maison. Elle me propose ensuite de signer la feuille de présence. Comme ça, ça te fera déjà 2h pour ajourd'hui...

Ok, c'est donc comme ça que ça fonctionne. Je signe. Je suis le troisième sur la liste, aujourd'hui. Les deux autres doivent être à l'étage du dessus. Tout est bon ? Parfait, je repasserai mercredi alors, pour ma deuxième leçon.

Je ramasse mon parapluie, qui traine une fois de plus par terre, une flaque d'eau à ses cotés, referme méthodiquement la porte coulissante de la boutique, et quitte l'immeuble.

Dehors, il pleut toujours...



mercredi 7 novembre 2007

C'est la course !

Vous connaissez tous, j'imagine, Facebook.

Au Brésil, depuis environ 2 ans, tous le monde, mais quand je dis tout le monde, c'est absolument tout le monde, se sert d'Orkut.

Orkut, c'est le Facebook du pauvre. Créé par un employé de Google à ses heures perdues, Orkut a environ 3 fonctions : poster des photos, envoyer des messages, et participer à des groupes.

Point.

Quand on connait tout le coté fun des applis Facebook, on se demande comment une saloperie pareille peut marcher...

Et pourtant, le succès au Brésil est tel qu'il y a des brésiliens qui n'ont même pas de mail. Orkut leur sert de messagerie. Il y a aussi des communautés "je déteste les brésiliens sur Orkut", car ils sont partout et ne parlent qu'en portugais... Les américains d'orkut se sentent bien seuls.

Une des raisons de ce succès est le fait que tout le monde peut voir le profil de tout le monde, contrairement à Facebook. Orkut est ainsi devenu un formidable outil de drague. Toutes les femmes et tous les hommes du brésil sont à portée de clic... Il suffit de se balader, regarder les photos, et envoyer des messages !

Bref, si les brésiliens ne peuvent plus vivre - et draguer - sans Orkut, le reste du monde a pour sa part décidé de laisser ce grand peuple vivre sa vie sur Orkut, pour se tourner vers des réseaux plus modernes, comme Facebook.

Du coup, Google a décidé qu'il était grand temps d'ajouter à Orkut les fonctionnalités de Facebook, autrement dit, la possibilité pour les développeurs de créer des applications...

Vous me suivez toujours ?

Donc, resumons la sitation : on a Facebook d'un coté, et l'exemple de plein d'applications qui ont un succès fou (Nicknames, SuperWall, Zombies, etc...)

De l'autre coté, on a Orkut, 10 million de brésiliens qui s'en servent, et le marché des applications débiles entièrement vierge, sur lequel tout le monde aura le droit d'entrer d'ici quelques semaines.

Conclusion : ON FONCE !!

Car dans ce jeu, le premier qui entre et qui arrive a diffuser son appli a gagné. La version Orkut de Nicknames et de Top Friends est sur le feu, plus bien sûr Dablink, et une appli genre "Mon équipe de foot est la meilleure"... Si nous sommes les premiers, et que nous arrivons à positionner nos applis parmis les plus utilisées sur Orkut, ce sera un très grand succès !

PS : Je viens à l'instant de recevoir un mail de Julien, que je ne résiste pas à vous retranscrire ici :


Julien a écrit :
> ok, excellent, on en parle vendredi.
>
> On va parler du budget que tu auras pour monter une equipe pour plancher
> la-dessus, et on va mettre la pression sur le recrutement.
>
> A+
>
>
>
>
> Em 07/11/2007, às 20:34, Gregory escreveu:
>
> 100% d'accord
> ça + nicknames qui est très simple et extrmeemnt virale + une appli pour
> montrer a quelle point ton équipe de foot est la meilleure (j'ai eu
> plein d'idées sur cella la, et pour le coup, elle serait plus originale)
>
>
>
> julien a écrit :
>> Ils font fait un gros coup de RP...
>> Mais si on peut se placer assez tot, je pense que ça vaut le coup de
>> suer maintenant.
>> L'application Top Friend est à répliquer de tte urgence: les
>> brésiliens ont 300, 400, 500 amis sur leur profil Orkut. Il leu faut
>> une app pour mettre en avant leurs meilleurs amis!
>> Qu'en penses-tu ?
>>
>> From: Gregory
>> Date: Wed, 07 Nov 2007 20:25:04 To:julien
>> Subject: Re: Res: Re: Fwd:
>>
>> Putain, OpenSocial, c'est la misère, ya des bugs dans tous les sens,
>> leurs exemples ne marchent pas, et ya à peu près 0 documentation...
>> Les mecs chez Google ont vraiment releasé ça à l'arrache...
>> Tu me dira, ça fait des barrières à l'entrée pour les autres...
>> Faudrait juste qu'on arrive à rentrer nous mêmes...

dimanche 4 novembre 2007

Pedra da Gavea

Tu vois cette colline, Rodrigo ?


Oui Rodrigo, la colline de gauche. C'est la Pedra da Gávea. Nous allons aller au sommet. Oui, même toi, Rodrigo.

C'est arrivé près de chez vous. Samedi dernier, j'ai proposé à Sarah et à Charles d'aller grimper en haut de la pedra da Gavea, la plus haute colline du coin. 860 mètres de haut, et 1600 mètres de chemin à parcourir, à travers la forêt atlantique.

La montée et relativement tranquille, et se déroule en quatre étapes. Une première étape de marche à travers la forêt. Une seconde étape d'escalade très simple, où l'on grimpe à travers des gros blocs rocheux, une troisème étape qui se déroule au soleil, à travers une végetation de type "garrigue tropicale", et enfin, la quatrième étape : 30 mètres d'escalade un peu plus difficile, et assez impressionante car effectuée sans corde, avec 800 mètres de vide dans le dos.

Finalement, nous sommes arrivés sains et saufs au sommet, après 3h de marche, soit une demi-heure de retard sur le temps normal, et deux heures de retard sur Julien qui le fait en courant.

Découvons le sommet ensembles :



Tout au fond, c'est Rio. La plage en bas, São Conrado, banlieue de Rio. Et l'étendue grise au centre, accostée à la colline, c'est Rocinha, le plus grand bidonville d'Amérique du Sud.

Détail de São Conrado. Cliquez sur la photo pour l'agrandir.

Sarah au téléphone, la tête dans les nuages
Et Charles, contemplant l'horizon...

La vue en haut est fantastique. Moins fantastique étaient nos réserves d'eau, puisqu'il ne nous restait que la moitié d'une petite bouteille pour la descente, sous la chaleur écrasante de midi.
Nous avons heureusement croisé une source d'eau fraiche et cristaline, sur le chemin du retour, et le reste s'est fait lentement mais sans encombre...

Si vous voulez voir plus en détail à quoi ressemble la montée, vous pouvez voir cette vidéo faite par deux guignols inconnus, mais avec de belles images. Décidement, il serait temps que j'apprenne à filmer et à faire des vidéos de mes explorations :)

http://youtube.com/watch?v=HUJWUXyYCtQ

jeudi 1 novembre 2007

Des nouvelles de dablink



Je vous avais parlé de dablink il y a quelques semaines sur ce blog.

Je suis fier de pouvoir vous annoncer que le projet suis joyeusement son cours. Nous avons franchi avant-hier la barre des 200 visiteurs par jour, et nous en avons eu aujourd'hui 270.

Je vous rassure tout de suite, c'est dérisoire. Un site a peu près connu peut avoir 10 000 visiteurs par jour.

Mais bon, c'est parti de zéro, et ça monte tout doucement, sans aucune pub, juste avec le bouche-à-oreille. Plus surprenant : certaines personnes ont posté le lien sur leur profil Orkut (l'équivalent de Facebook au Brésil). Autrement dit, le site rassemble déjà des utilisateurs-fans.

Quand à moi, je me régale en voyant les photos que les gens ont envoyé sur le site. C'est assez marrant de se dire que tous ces gens se servent de votre création. Nous avons défini avec Julien des grands plans pour augmenter le trafic sur le site depuis google (qui est déjà en première position sur certains mots-clés sur Google Brésil), et, si tout marche bien, ça va devenir assez gros...

C'est magique...
Faça o seu Blinky com o dablink.com.br
[Enfeite suas fotos!]

Dégradation des conditions de travail

Les gens se plaignent de plus en plus des conditions de travail par ici.

Le sujet récurrent des plaintes est le chant des oiseaux. Il y a dans les arbres alentours un modèle d'oiseau - je ne sais quelle version au juste - qui passe toute la sainte journée à siffler le même air.

Mais quand je dis le même air, c'est exactement le même, à tel point que je me suis mis à le siffler moi aussi. Certaines personnes ne peuvent plus le supporter, et parlent d'acheter un lance pierres.

D'autant plus qu'avec l'arrivée de l'été, c'est le retour des "cigarras", sorte de grillon qui fait un bruit d'alerte à la bombe, tous les jours, à partir de 18h.

Enfin, pour ajouter le désohnneur à l'humiliation, un petit singe s'est furtivement introduit aujourd'hui dans les locaux, s'aggripant aux plantes en pot et volant les téléphones portables, avant de s'échaper par le bureau de Julien....

La nature cherche visiblement à reprendre ses droits.

C'est la guerre !

jeudi 25 octobre 2007

Mes bons amis, je le sais, je manque à mes devoirs.

J'ai un engagement moral de vous faire rire, sur ce blog. Ou du moins d'essayer. Et j'avoue que quand l'un ou l'autre me dit "ton blog, il me fait bien marrer", et bah ça me fait chaud au coeur.

Du coup, je me sens un peu mal de vous laisser sans le moindre petit message depuis quelques jours, mais les temps ont été durs. Et pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent.

J'en veux pour seul exemple ma soirée de samedi dernier. Anniversaire sur la plage de Marcus, allemand dont ni vous ni moi ne connaissions l'existence 15 secondes auparavant, mais qui avait, tout allemand qu'il est, organisé sa soirée d'anniversaire sur la plage d'Ipanema - chose hautement interdite.


C'est ainsi qu'au coeur de la soirée, que je passais surtout en compagnie de Sarah et Charles, puisque nous ne connaissions pas vraiment les gens mais que nous avions amené notre propre bouteille, nous avons vu les flics débarquer. Discussions, discussions, je décide, vraie fouine, d'y mettre le bout de mon nez. J'apprends donc que pour faire une soirée pareille, il faut plusieurs choses. Parmi lesquelles, une autorisation de la mairie, mais on s'en fout parcequ'elle n'en donne jamais de toute façon.

En revanche, et ça c'est sérieux, il ne faut pas avoir de bouteilles en verre ou d'objets coupants (ce que l'on peut comprendre, sur une plage frequentée par les familles le jour). Il ne faut pas non plus avoir de musique. Mais on est pas en zone résidentielle, ya personne ici, Msieu l'agent. Rien à foutre, c'est la loi. Et il ne faut pas non plus avoir de tente. Alors la!? Et pourquoi ? Parcequ'on pourrait croire qu'il s'agit d'un stand de vente de boissons, comme pendant la journée, or il est interdit de vendre quoi que ce soit la nuit...

Bon!

Marcus retire la tente qu'il avait louée a un vendeur-de-boissons-sous-tente-pendant-la-journée, baisse le son - j'ai dit couper, pas baisser - ok, ok - et tranvase tout son alcool dans des bouteilles en plastique.

Bon, voila la soirée repartie !

Et puis, vers 4 heures, deux filles décident de se lancer à l'assaut des vagues, version bain de minuit. Mouvement aussitôt repris et amplifié par la population masculine, qui essaye de passer à la version camp de nudiste, histoire de voir si les filles suivent le mouvement.

On ne le saura jamais, puisque M'sieu l'agent débarque illico. Atteinte à la pudeur, vas-y que je t'emmène au poste... Bref, c'est le début d'une grosse embrouille. Le flic est seul, tout le monde parle en même temps, et essaye de négocier. Les deux cul-nus en profitent pour essayer de se faufiler, il se font rattraper par le flic, tout le monde s'embrouille, le flic sort son flingue, c'est le bordel.

Finalement, après 30 minutes de discussion, il pose son gun, et nous dit de partir tous. C'est la fin de la soirée... Pas de victime, pas de bobo, rien à déplorer, ce fut une chouette soirée.

PS : En bonus exclusif, une jolie photo que vous pourrez mettre en fond d'écran... Dédicacée à Belette et son VPC sur les chats psychopates.

Qu'est-ce-qu'ils ont l'air con, les chats, quand on les rase !

mardi 23 octobre 2007

Et Pendant Ce Temps Là, A Rio De Janeiro....

... je pleure les larmes de mon corps face à la météo de Google.