Boire de la bière au Brésil est un acte de base de la vie quotidienne, comme manger, respirer, prendre le bus, ou aller à la plage. Un réflexe de survie qui s'acquiert dès le plus jeune âge, et qui vous accompagne tout au long de votre vie.
Décryptage.
Photos by Sarah, que je salue
A Paris, vous êtes avec des potes dans un bar. Vous avez le choix entre l'expresso (cher, petit, 0% d'alcool) et la bière (1 euro de plus, 30 fois la quantité d'un expresso, de 3% a 6% d'alcool). Pas con, vous commandez une bière. Vous la buvez, eventuellement en prennez une deuxième, et partez.
Au Brésil, vous êtes avec des potes dans un bar. Vous avez le choix entre la bière bouteille, la bière pression, et la bière en canette vendue par un mec sur le trottoir juste a coté du bar. Les prix se valent à peu près, à savoir moins d'un euro, et elles ont une caractéristique commune : elles sont servies légèrement en dessous de zero degré celsius. Le degré d'alcool, lui, ne bouge pas, contrairement à vous, après avoir décidé -pas con- d'en prendre 5 ou 6.
Mais ce serait être bien présomptuex d'imaginer que ce bref tableau récapitule toutes les différences. Non Monsieur, bien au contraire. Il n'en est que l'avant-goût. Allons-y pour une énumeration !
La première chose qui frappe, comme je vous le disais, est la température à laquelle on consomme la bière au Brésil : proche, voire inférieure à zéro degrés, et toute température supérieure serait inacceptable. Une bière chaude (plus de 5 degrés) est renvoyée illico au serveur, pour un échange standard, et si le problème persiste, les clients s'excitent.
La seconde grande différence est l'éternel dilemme "bouteille ou pression ?" ("no chope ou na garrafa ?"). La bière bouteille est nettement moins chère que la bière pression, mais cette dernièe est réputée plus fine, plus savoureuse. Les bars servent généralement soit l'une, soit l'autre, et c'est un facteur-clé pour déterminer la côte du bar et le type de soirée.

La bière bouteille est associée à une image plutôt populaire, car environ deux fois moins chère que sa grande soeur pression. Dans les bars en mode bière bouteille, l'idée est de débarquer avec une bande de potes, et de s'assoir là ou il y a de la place. Sur des chaises en plastique, sur un muret, sur le troittoir, etc... Ensuite, le serveur vient vous demander le nombre de bouteilles que vous voulez, et les amènes, accompagnés d'un nombre variable de verres à bierre bouteille.

Le verre à bière bouteille est une institution, bien que personne à ma connaissance ne semble vraiment s'en rendre compte. Dans absolument tous les troquets du Brésil, vous trouverez toujours la bière bouteille servie exactement dans le même type de petit verre banal, tellement banal avec ses cotés ondulés que plus personne ne le remarque, mais il suffirait que la bière soit servie dans autre chose pour que tout le monde se dise instanéement que le bar en question à quelque chose d'anormal.
Revenons-en a la bière bouteille. Le serveur en amène un certain nombre, insérées dans des protection thermos qui les préservent de la chaleur, les coche sur un bout de carton, et repète l'opération une dizaine de fois au cours de la soirée. Au moment de partir, on compte les cadavres (de bière), et chacun paye sa part.

Une variante de l'opération décrite ci-dessus consiste à acheter sa bière dans la rue, a des types qui trainent derrière eux des grandes glacières en polystirène. Dans ce cas, il s'agit de cannettes, que l'on boit sans verre, et que l'on paye avant de consommer. Le cadre, lui, reste le même.
Tout autre cadre est celui du bar en mode "bière pression". Plus chic, il n'est pas question de s'assoir n'importe où. On prend une table, et on commande une tournée de "chopis". A partir de là, les choses se passent de la même manière que dans le bar à bouteilles, sauf qu'il s'agit de choppes de 300 millilitres, et non plus de bouteille ou de cannettes.
Bref, dans tous les cas, elle doit être glacée -on n'insistera jamais assez là dessus- et abondante. Sans goût, mais rafraichissante, et consommée dans strictement toutes les occasions, sans aucun changement au rituel, si ce n'est le choix de la marque -il y en a 3 ou 4 qui tiennent le haut du marché- et eventuellement le choix de la couleur : brune, pour les excentriques.
Et c'est ainsi, dans ce cadre et dans ce rituel inchangé depuis 200 ans que se déroule la splendeur et la misère de la vie brésilienne. Les rencontres et les séparations, les victoires et les défaites, la vie et la mort, Jordy Lemoine et Carla Bruni, et autant de vestiges de la culture française que je vous narrerai un autre jour...